dimanche 13 mai 2018

Françoise Hardy dans The Observer (3ème extrait)


‘Les plus belles chansons ne sont pas des chansons gaies’: Françoise Hardy photographiée un peu plus tôt dans l'année.

Je pense qu'il y a quelques chansons qui semblent traiter directement de la mort et de son acceptation de la sienne. "Oui," dit-elle, "mais je chante la mort d'une manière très symbolique et même positive. Il y a une acceptation là aussi. Par exemple, il y a une chanson intitulée Train spécial, que j'aime beaucoup, mais à mon âge, je ne peux vraiment chanter que ce train très spécial qui me sortira de ce monde. Mais, bien sûr, j'espère aussi qu'il m'enverra vers les étoiles et m'aidera à découvrir le mystère du cosmos. » (L'autre centre d'intérêt de Hardy est l'astrologie: elle a écrit deux livres sur le sujet et donne aussi des cours basés sur les cartes de naissance astrologiques d'un individu.)

Sur d'autres chansons, en particulier le titre plein de regrets A cache cache et le plaintif Seras tu la ?, écrit par feu Michel Berger, elle semble adresser ses paroles à un partenaire absent. Elle réfléchit à cela pendant un long moment. "Ils ne sont peut-être pas adressés à quelqu'un en particulier", dit-elle, "mais souvent je pense au passé que j'ai eu avec mon mari. Ce qui m'inspire est un mélange de souvenirs du passé que j'ai eu avec lui et de sentiments que j'ai aujourd'hui. » Elle fait référence à l'acteur pop des années 60, Jacques Dutronc, dont elle est séparée mais non divorcée, et qui passe le plus clair de son temps dans sa villa corse. Ils ont un fils, Thomas, qui est un guitariste accompli et son collaborateur. "Les chansons ne sont pas toujours biographiques", précise-t-elle, "mais parfois la mélodie peut vous emmener dans des endroits où vous n'avez pas pensé aller - ou même envie d'aller".

Dès le début de sa carrière, Hardy dégage une différence indéfinissable qui la distingue de ses contemporains, des chanteurs comme Johnny Hallyday et France Gall, dont le son fabriqué définit le style yé-yé qui caractérise la pop française au début des années 1960. Ses chansons, si jubilatoires soient-elles, témoignent souvent d'une sorte de tristesse rêveuse: « Je vais seule dans les rues, l'âme en peine » exprime une phrase de son premier tube, Tous les garçons et les filles. Cette nostalgie contrastait avec son style aiguisé, son équilibre et sa beauté captivante. C'était une combinaison qui a séduit une génération d'adolescents mâles des deux côtés de la Manche, amoureux d'elle - ou, plus précisément, de l'idée que les chansons suggéraient. Qu'elle semblait allègrement indifférente à leur adoration, et apparemment inconsciente de sa propre beauté, ne faisait qu'ajouter à son charme.

Les photos classiques des disque de Hardy pendant les années 1960, mises en scènes et prises par son partenaire d'alors, Jean-Marie Périer la montrent souvent avec un visage sans sourire, les cheveux tombant sur ses épaules, les yeux fixés sur un point éloigné au-delà de la caméra. Même si elle ne fréquentait ni la bohème ni les intellectuels de la rive gauche, il y avait néanmoins quelque chose dans sa personnalité qui résonnait de l'existentialisme romantique de l'époque. En 1966, Jean-Luc Godard lui offre une apparition figurative dans Masculin féminin , un film définissant la Nouvelle Vague avec un débordement de références à la culture pop contemporaine, de Bob Dylan à James Bond. Comme sa renommée grandissait, elle capta l'attention de Mick Jagger, qui la décrivit dans une interview comme sa femme idéale, et de Bob Dylan, qui lui dédia un poème sur la pochette de son quatrième album de 1964 Another Side of Bob Dylan “ Pour Françoise Hardy / Sur le bord de la Seine / Une ombre géante / De Notre Dame / Cherche à saisir mon pied / Des étudiants de la Sorbonne / Virent sur de frêles bicyclettes...”. "Pour les femmes, elle était un modèle d'un genre différent. "Il y avait une chanteuse française, Françoise Hardy", se souviendra plus tard Carly Simon, l'auteur-compositrice-interprète née à New York. "Je regardais ses photos et j'essayais de m'habiller comme elle."

Texte original :

There are a couple of songs, I suggest, that seem to deal directly with mortality and her acceptance of the same. “Yes,” she says, “but I sing about death in a very symbolic and even positive way. There is an acceptance there, too. For instance, there is a song called Special Train, which I like very much, but at my age, I can really only sing about that one very special train that will take me out of this world. But, of course, I am also hoping that it will send me to the stars and help me discover the mystery of the cosmos.” (Hardy’s other abiding interest is astrology: she has written two books on the subject and also gives readings based on an individual’s astrological birth charts.)

On other songs, particularly the regretful A cache cache (Hide and Seek) and the plaintive Seras tu la? (Will You Be There?), written by the late Michel Berger, she seems to be addressing her lyrics to an absent partner. She mulls this over for a long moment. “They are maybe not directed at someone in particular,” she says, “but often I think of the past I had with my husband. What inspires me is a mixture of the memories of the past I had with him and the feelings I have today.” She is referring to the 1960s pop heart-throb turned actor Jacques Dutronc, from whom she is separated but not divorced, and who spends most of his time in their Corsican villa. They have a son, Thomas, who is an accomplished guitarist and her sometime collaborator. “The songs are not always biographical,” she elaborates, “but sometimes the melody can take you to places you did not mean to go – or even want to go.”

From the very beginning of her career, Hardy exuded an indefinable otherness, which set her apart from her contemporaries, singers like Johnny Hallyday and France Gall, whose manufactured sound defined the yé-yé style that characterised French pop in the early 1960s. Her songs, however jaunty they sounded, often evinced a kind of dreamy sadness – “I walk down the streets, my soul in sorrow” runs a line in her debut hit single, Tous les garçons et les filles. That wistfulness contrasted nicely with her perfectly pitched style, poise and captivating beauty. It was a combination that caused a generation of male adolescents on both sides of the Channel to fall head over heels in love with her – or, more precisely, with the idea of her that the songs suggested. That she seemed to be blithely unconcerned by their adoration, and apparently unaware of her own beauty, only added to her allure.

Hardy’s classic record covers from the 1960s, styled and shot by her then partner, photographer Jean-Marie Périer, often feature her unsmiling face, hair falling over her shoulders, eyes fixed on some distant point beyond the camera. Though she did not hang out with the bohemians and intellectuals of the rive gauche, there was nevertheless something about her persona that chimed with the romantic existentialism of the time. In 1966, Jean-Luc Godard cast her in a cameo in Masculin féminin, a defining New Wave film brimming with contemporary pop culture references, from Bob Dylan to James Bond. As her fame grew, she drew the attention of Mick Jagger, who described her in an interview as his ideal woman, and Bob Dylan, who included a beat poem to her on the sleeve of his fourth album, 1964’s Another Side of Bob Dylan – “for françoise hardy/at the seine’s edge/a giant shadow/of notre dame/seeks t’ grab my foot/sorbonne students/whirl by on thin bicycles...” For women, she was a role model of a different kind. “There was a French singer, Françoise Hardy,” the New York-born singer-songwriter Carly Simon recalled later. “I used to look at her pictures and try to dress like her.”

dimanche 6 mai 2018

Françoise Hardy dans The Observer (2ème extrait)



Hardy a connu la gloire au milieu des années 1960 avec un premier single vendu à un million d'exemplaires, Tous les garçons et les filles, une chanson dont le refrain, selon moi, a cette sonorité lyrique qu'elle apprécie tant. "Oh non!" s'exclame-t-elle, me regardant momentanément horrifiée. "J'étais si jeune alors et non instruite. Je ne savais rien de tout ça. Absolument rien. Certaines de ces premières chansons sont terribles. A cette époque, la sophistication musicale était vraiment très loin de mon esprit. "Néanmoins, les singles à succès ont afflué tout au long de la décennie, elle a publié une douzaine d'albums à succès en  France, et son visage est apparu à la une de Paris Match et d'autres magazines si régulièrement qu'elle est devenue la cover-girl française des années 1960.

Cinquante ans plus tard, elle dégage toujours une élégance typiquement française. Elle est vêtue d'un simple T-shirt noir et d'une veste noire sur un jean bleu foncé. Sa frange caractéristique et ses longs cheveux ont depuis longtemps cédé la place à une coiffure chic et blanche comme neige, et un foulard de soie cramoisi fait contraste avec sa peau pâle d'ivoire. Il y a chez elle un calme palpable et peut-être spirituel - en réponse à ma main tendue, elle répond par une salutation zen, les mains jointes comme dans la prière. C'est une survivante à plus d'un titre, après une longue bataille contre le lymphome qui, il y a quatre ans, l'a amenée à l'hôpital dans le coma après une chute. Sa vie resta en suspens pendant plusieurs semaines jusqu'à ce que, avec la permission de son fils, les médecins fassent l'essai d'un nouveau type de chimiothérapie. L'année dernière, dans une interview télévisée, elle a parlé de sa guérison presque miraculeuse avec des sentiments mitigés: « Je regrettais de me réveiller parce que j'avais presque la mort dont je rêvais. Donc la question que je me posais quand je me suis réveillé était : "Pourquoi ce sursis ?"

Aujourd'hui, elle a l'air mince mais en bonne santé, ses yeux rayonnant d'une vivacité qui peut être presque troublante quand elle vous fixe parfois avec un regard légèrement réprobateur. "Je n'aime pas vraiment ce que les journalistes font de ce que je leur dis", me dit-elle comme un avertissement, "mais ce n'est pas un problème et, de toute façon, ça fait une pause divertissante."

Le nouvel album de Hardy est une œuvre frontalement mélancolique avec ce timbre de voix qui interprète des chansons qui, de manière impressionniste et caractéristique, expriment l'amour perdu, le regret et la mort. « le temps s’accélère nulle part  », chante-t-elle sur Un seul geste, tandis que Train spécial et Le large sonnent comme des adieux mélancoliques. Est-ce un album sur le vieillissement ? « Pas intentionnellement », dit-elle après une pause, « mais, d'une certaine façon, oui, puisque c'est ce qui se passe. J'écris toujours sur les mêmes sujets, mais quand on a 74 ans, on devient plus réfléchie. En outre, on ne peut pas chanter le même genre de paroles que lorsqu'on avait 20 ou 30 ans. Ce serait en quelque sorte indigne. Pour certaines personnes, bien sûr, cela n'a pas d'importance, mais pour moi, ça l'est.

Texte original :

Hardy shot to fame in the mid-1960s with a million-selling debut single, Tous les garçons et les filles, a song whose chorus, I suggest, had that lyrical sonority she rates so highly. “Oh no!” she exclaims, looking momentarily horrified. “I was so young then and untutored. I did not know anything about this stuff. Absolutely nothing. Some of those early songs are just terrible. At that time, musical sophistication was really very far from my mind.” Nevertheless, the hit singles flowed throughout the decade, she released a dozen bestselling albums in France, and her face appeared on Paris Match and other magazines so regularly that she became the French cover girl of the 1960s.

Fifty years on, she still exudes a quintessentially French elegance. She is dressed in a simple black T-shirt and tailored black jacket over dark blue jeans. Her signature fringe and long hair having long since given way to a chic, snow-white bob, and a crimson silk kerchief offsets her ivory pale skin. There is a calmness about her that is palpable and perhaps spiritual – in response to my proffered hand, she responds with a Zen-like bow, her hands clasped together as if in prayer. She is a survivor in more ways than one, having come through a long battle with lymphoma that, four years ago, saw her taken to hospital in a coma after a fall. Her life hung in the balance for several weeks until, with her son’s permission, the doctors tried a new kind of chemotherapy. Last year, in a television interview, she spoke of her almost miraculous recovery with mixed feelings: “I regretted waking up because I almost had the death I was dreaming about. So the question I asked myself when I woke up was: ‘Why this reprieve?’”

Today, she looks thin but healthy, her eyes radiating a quizzical alertness that can be almost unsettling when she occasionally fixes you with a slightly reproving stare. “I don’t really like what journalists do with what I tell them,” she tells me as if by way of warning, “but it’s not a problem and, anyway, it makes for an entertaining break.”

Hardy’s new album is an unapologetically melancholic affair, that sonorous voice delivering songs that, in her characteristically impressionistic way, articulate love lost, regret and mortality. “Time is accelerating nowhere,” she sings on Un seul geste (A Single Gesture), while both Train spécial and Le large (Sail Away) sound like wistful goodbyes. Is it an album about growing older? “Not intentionally,” she says after a pause, “but, in a way, yes, since that is what is happening. I always write about the same subjects, but when you are 74 you become more reflective. Also, you cannot sing the same kind of lyrics as when you were 20 or 30. That would be somehow undignified. For some people, of course, it does not matter, but for me it does.”

dimanche 29 avril 2018

Françoise Hardy dans The Observer (1er extrait)

Françoise Hardy: "Je chante la mort de manière symbolique, voire positive"

Par  Sean O'Hagan


Françoise Hardy photographiée en 1968. Photographe: Tony Evans/Getty Images

Françoise Hardy était le visage de la pop française des années 60, avec Dylan et Jagger qui tombaient sous son charme énigmatique. Maintenant à 74 ans, l'icône de la mode parle de son nouvel album et explique pourquoi elle chante toujours avec le cœur



Françoise Hardy récite les premières phrases de La Javanaise de Serge Gainsbourg à mon intention. Nous sommes assis à une petite table au milieu d'une pièce vide dans un élégant hôtel parisien. Les yeux fermés, sa main traçant un arc répété dans l'air, elle articule chaque mot comme si elle enseignait à un élève malheureux - " J'avoue j'en ai bavé, pas vous ..." entonne-t-elle doucement, " Avant d'avoir eu vent de vous ... "

Ces lignes séduisantes, dit-elle, sont l'exemple parfait de la « sonorité » d'une chanson lyrique, l'élément insaisissable qu'elle valorise par-dessus tout dans sa musique. "Pour moi, tout commence par la mélodie", dit-elle, de plus en plus animée. "Sans la mélodie, il n'y a pas de mots, mais j'ai aussi besoin de cette sonorité, de ce son poétique que font les mots quand ils se combinent avec la mélodie. Cela a toujours été mon obsession. Je sais que je suis très limitée vocalement, mais je sais aussi pourquoi je suis toujours là - c'est purement parce que je suis très sélective quand je trouve des mélodies. "

Comme en témoignent les chansons tristes et sonores de son nouvel album, Personne d'Autre, Françoise Hardy est toujours là. À 74 ans, elle occupe une place singulière dans la culture pop, étant à la fois une icône de mode intemporelle - en Janvier de cette année, Vogue a fêté son anniversaire avec un long métrage intitulé “ 10 leçons de mode à prendre à Françoise Hardy pour la saison prochaine "- et une chanteuse dont les chansons se prêtent à une progression constante de plusieurs générations de fans et de critiques. Elle a collaboré avec Blur et Iggy Pop et a un penchant pour la musique de Jesus and Mary Chain et du groupe culte de Brooklyn Cigarettes After Sex, dont le son, dit-elle, est celui que "j'aurai cherché toute ma vie". Elle cite son album La question de 1971, une collaboration avec la regrettée musicienne brésilienne Tuca, comme son album préféré parmi ses propres enregistrements, et il reste un classique pour ses fans pour sa sensualité lyrique et ses arrangements sophistiqués. Ses chansons et sa voix limitée l'ont poussée plus loin qu'elle ne le pensait, étant donné qu'elle était une pop star quelque peu réticente dès ses débuts, une chanteuse qui détestait un grand nombre des premiers enregistrements qui ont fait son nom.

Texte original :

Françoise Hardy was the face of 1960s French pop, with the likes of Dylan and Jagger falling for her enigmatic allure. Now 74, the style icon talks about her new album and why she always sings from the heart

Françoise Hardy is reciting the first lines of Serge Gainsbourg’s song La Javanaise for my benefit. We are sitting at a small table in the middle of an otherwise empty room in a stylish Paris hotel. Eyes closed, her hand tracing a repeated arc in the air, she enunciates every word as if teaching a hapless pupil – “J’avoue j’en ai bavé, pas vous…” she intones softly, “Avant d’avoir eu vent de vous…”

These seductive lines, she says, are the perfect example of the “sonority” of a song lyric, the elusive element she values above almost all else in her music. “For me, everything begins with the melody,” she says, growing animated. “Without the melody, there can be no words, but I also need this sonority, this poetic sound that the words make when they combine with the melody. This has always been my obsession. I know that I am very limited vocally, but I also know why I am still here – it is purely because I am so selective when finding the melodies.”

As the sad, sonorous songs on her new album, Personne d’Autre, attest, Françoise Hardy is very much still here. At 74, she occupies a singular place in pop culture, being both an enduring style icon – in January this year, Vogue celebrated her birthday with a feature entitled “10 style lessons to take from Françoise Hardy for the season ahead” – and a singer whose songs have lent themselves to constant re-evaluation by several generations of fans and critics alike. She has collaborated with Blur and Iggy Pop and has a fondness for the music of the Jesus and Mary Chain and cult Brooklyn band Cigarettes After Sex, whose sound, she says, “I have been looking for all my life”. She cites her 1971 album, La question, a collaboration with the late Brazilian musician Tuca, as her personal favourite of her own recordings, and it remains a classic among her fans for its lyrical sensuality and sophisticated arrangements. Her songs and her limited voice have taken her further than she ever expected to go, given that she was a somewhat reluctant pop star from the start, a singer who hated many of the early recordings that made her name.

dimanche 22 avril 2018

300 Millions de Critiques (TV5 Monde)



Concept original et unique, « 300 millions de critiques » revient sur l’actualité culturelle francophone à travers les regards croisés de journalistes belges, suisses, canadiens, québécois, français, et en fonction des thématiques, africains, maghrébins, libanais…

« Le Large » de Françoise Hardy La chanteuse française Françoise Hardy est de retour avec l'album « Le Large », où elle s'entoure de La Grande Sophie, ou encore de Yael Naim. Pour l'occasion, le réalisateur François Ozon met en images la chanson qui donne son titre à ce 23e opus.

dimanche 8 avril 2018

lundi 2 avril 2018

30 mars 2018 - Françoise Hardy évoque son nouvel album pour Le Parisien

Françoise Hardy : «Je ne suis que nostalgie»

Yves Derai et Franck Vergeade
30 mars 2018

Françoise Hardy à Paris, le 24 janvier dernier.
Benoît Peverelli

Le nouvel album


La sortie de votre nouvel album, Personne d’autre, est une surprise inespérée. En 2012, vous aviez déclaré que L’Amour fou serait le dernier...
Françoise Hardy C’est effectivement un disque qui n’aurait jamais dû se faire. En 2015, après cinq mois d’hospitalisation éprouvants, j’allais très mal et je ne pouvais plus chanter. Déjà que je n’ai pas beaucoup de voix (sourire). A cette époque, mon fils Thomas sortait son nouvel album, Eternels, jusqu’à demain, avec une reprise d’un standard américain que j’aurais adoré fredonner, comme à chaque fois qu’une chanson m’obsède, mais c’était au-dessus de mes forces. J’ai dû refuser une proposition de duo avec Michel Legrand. Et puis ma voix a fini par revenir, miraculeusement.

Parmi les douze morceaux figure notamment une reprise de Seras-tu là, de Michel Berger. Pourquoi ce choix ?
C’est une chanson à la fois sacrée et bouleversante. Je l’ai écoutée un nombre incalculable de fois à sa sortie, en 1975. Je suis une inconditionnelle de Michel Berger, particulièrement de ses ballades sentimentales. Il était au fond très romantique (sourire). Pour le disque du vingtième anniversaire de l’association Sidaction (Kiss & Love, en 2014, NDLR), Julien Clerc m’avait suggéré de reprendre ce titre en duo, mais notre version était tellement décevante... Je suis toujours très affectée lorsqu’on rate une chanson à cause de la production. Alors j’ai décidé de lui offrir une seconde chance.

Sur Personne d’autre, vous avez choisi la chanson écrite et composée par La Grande Sophie comme premier single, alors que vous signez presque tous les autres textes. C’est un exercice d’humilité, non ?
Quand La Grande Sophie m’a envoyé sa maquette, je savais déjà que Le Large serait le premier single. Serge Gainsbourg, après avoir écouté mon album La Question (1971), m’avait dit : « A quoi servent les beaux wagons s’il n’y a pas une locomotive pour les tirer ? » Depuis ce jour, j’ai toujours suivi son conseil pour extraire un tube de chaque album.

Pour revenir à votre longue hospitalisation, votre pronostic vital a même été engagé...
Oui, les médecins avaient fini par baisser les bras. Un jour, mon hématologue a appelé Thomas pour l’informer que la fin était proche et qu’il fallait demander à Jacques de rentrer de Corse. Rendez-vous compte, j’étais descendue à 39 kilos ! Mon état de faiblesse était tel que la chimiothérapie était risquée pour soigner mon lymphome. Et c’est ce qui m’a paradoxalement sauvée. J’ai commencé à redonner des signes de vie le jour où Thomas et Jacques étaient dans ma chambre d’hôpital.


Avec Jacques Dutronc et leur fils Thomas, à Paris, en 1976. (Jean-Claude Deutsch/Paris Match/Scoop)

Au sortir d’une telle épreuve, enregistrer un disque faisait-il partie de la liste de vos envies ?
Absolument pas ! J’avais juste besoin de raconter mon expérience, en écrivant ce petit livre au titre multiple, Un cadeau du ciel (Editions des Equateurs, 2016). Car je suis convaincue d’avoir été aidée par les prières et la spiritualité. Je n’éprouvais aucune envie pour la musique. Pour tout vous dire, j’étais même plutôt soulagée à l’idée de ne plus chanter. C’est mon ami Marc Maréchal, mon ancien attaché de presse, qui, sans m’avertir, a téléphoné à mon label pour relancer l’idée d’un album. J’ai alors commencé à recevoir des musiques, trop branchées à mon goût (sourire). Sur YouTube, j’ai découvert ce groupe finlandais, Poets of the Fall, dont la chanson Sleep m’a instantanément subjuguée. Mais elle est extrêmement difficile à interpréter, même en adaptant le texte en français. Erick Benzi, avec lequel j’avais déjà collaboré pour Tant de belles choses (2004), a été un musicien et réalisateur inspiré. C’est comme cela que je me suis laissée embarquer dans la confection de ce disque.

Il y a une chanson, Train spécial, dans laquelle vous proposez à quelqu’un de partir avec vous vers l’éternité. Vous vous adressez à Dutronc ?
Oui, en effet (sourire). Il y a deux titres qui parlent du départ, Le Large, de La Grande Sophie, et Train spécial, où il est question de partir dans des espaces intersidéraux. Cette chanson s’adresse à Jacques, mais il n’écoute jamais les disques avant leur sortie.

En interview, vous avez répété que La Question (1971) et Le Danger (1996) étaient vos deux albums fétiches. Comment situez-vous Personne d’autre dans votre discographie ?
J’aime aussi beaucoup L’Amour fou (2012). Ce nouveau disque a été très difficile à faire parce que j’ai multiplié les soucis d’ORL (les troubles de nez, de gorge, d’oreille). Pour la première fois de ma carrière, j’ai des problèmes d’acouphènes. De toute façon, ce n’est pas à mon âge que je vais me mettre à groover comme France Gall ou Ella Fitzgerald (rires) !

Source : http://www.leparisien.fr/culture-loisirs/musique/francoise-hardy-je-ne-suis-que-nostalgie-28-03-2018-7634025.php