Michel
FIELD : A quelqu’un qui débarque comme ça, qui ne vous connaît pas du
tout, qu’est-ce qu’il faudrait lui dire tout de suite sur vous ? Françoise HARDY : C’est difficile, parce que ça implique de se connaître soi-même suffisamment et, bien que j’aie passé beaucoup de temps à essayer de comprendre les autres et de me comprendre moi-même, on est - enfin chaque être est - un tel tissu de contradictions ... Dire comme ça, d’emblée, à quelqu’un qui l’on est, c’est quelque chose qui m’est très difficile. Peut-être qu’en disant : "j’aime ci, j’aime ça, j’aime tel type de musique, j’aime telle sorte de livre, ou tel livre, peut-être que cela donnerait plus d’indications valables sur moi, parce que ce que je pourrais dire autrement serait fatalement ... vague ... général ... imprécis ... |
Michel FIELD : Comment définiriez-vous ce mot d’authenticité ? Ce serait quoi son contraire ?
Françoise HARDY : La fausseté, mais on est tous un peu faux. Moi non plus je ne me sens pas toujours vraie. Disons que la fausseté c’est dire des choses en étant suffisamment conscient que ce que l’on dit n’est pas du tout conforme à ce que l’on est et ce que l’on ressent.
Michel FIELD : Et pourquoi c’est une qualité l’authenticité ? Pourquoi est-ce une valeur ? Quel est l’intérêt d’être authentique ?
Françoise HARDY : C’est une valeur parce que ... Cette question est très perturbante, elle demande une réflexion préalable pour trouver les mots ... Il est vrai que parfois mentir peut être une bonne chose, parfois dire la vérité peut être presque criminel. Quelquefois la vérité peut blesser, d’autres fois elle peut presque tuer psychologiquement certaines personnes. Mais être authentique, cela n’implique pas forcément de dire des vérités qui assomment ou qui perturbent ou qui déstabilisent totalement, quand ça n’est pas utile de le faire. Cela veut dire avoir quand même un minimum de discernement sur soi et sur les autres et c’est peut-être la chose la plus difficile. Peut-être que vivre dans l’illusion est une forme de facilité, peut-être qu’un peu d’illusion, de rêve, c’est nécessaire pour supporter des aspects très pénibles de l’existence, mais, malgré tout, il me semble qu’avoir suffisamment de discernement pour savoir plus ou moins, qui on est, par exemple ses limites, et savoir à qui on a affaire, c’est important. Pourquoi c’est important, ça me paraît tellement évident que j’ai du mal à expliquer pourquoi c’est important de voir les choses telles qu’elles sont et non telles qu’elles ne sont pas.
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