dimanche 29 avril 2018

Françoise Hardy dans The Observer (1er extrait)

Françoise Hardy: "Je chante la mort de manière symbolique, voire positive"

Par  Sean O'Hagan


Françoise Hardy photographiée en 1968. Photographe: Tony Evans/Getty Images

Françoise Hardy était le visage de la pop française des années 60, avec Dylan et Jagger qui tombaient sous son charme énigmatique. Maintenant à 74 ans, l'icône de la mode parle de son nouvel album et explique pourquoi elle chante toujours avec le cœur



Françoise Hardy récite les premières phrases de La Javanaise de Serge Gainsbourg à mon intention. Nous sommes assis à une petite table au milieu d'une pièce vide dans un élégant hôtel parisien. Les yeux fermés, sa main traçant un arc répété dans l'air, elle articule chaque mot comme si elle enseignait à un élève malheureux - " J'avoue j'en ai bavé, pas vous ..." entonne-t-elle doucement, " Avant d'avoir eu vent de vous ... "

Ces lignes séduisantes, dit-elle, sont l'exemple parfait de la « sonorité » d'une chanson lyrique, l'élément insaisissable qu'elle valorise par-dessus tout dans sa musique. "Pour moi, tout commence par la mélodie", dit-elle, de plus en plus animée. "Sans la mélodie, il n'y a pas de mots, mais j'ai aussi besoin de cette sonorité, de ce son poétique que font les mots quand ils se combinent avec la mélodie. Cela a toujours été mon obsession. Je sais que je suis très limitée vocalement, mais je sais aussi pourquoi je suis toujours là - c'est purement parce que je suis très sélective quand je trouve des mélodies. "

Comme en témoignent les chansons tristes et sonores de son nouvel album, Personne d'Autre, Françoise Hardy est toujours là. À 74 ans, elle occupe une place singulière dans la culture pop, étant à la fois une icône de mode intemporelle - en Janvier de cette année, Vogue a fêté son anniversaire avec un long métrage intitulé “ 10 leçons de mode à prendre à Françoise Hardy pour la saison prochaine "- et une chanteuse dont les chansons se prêtent à une progression constante de plusieurs générations de fans et de critiques. Elle a collaboré avec Blur et Iggy Pop et a un penchant pour la musique de Jesus and Mary Chain et du groupe culte de Brooklyn Cigarettes After Sex, dont le son, dit-elle, est celui que "j'aurai cherché toute ma vie". Elle cite son album La question de 1971, une collaboration avec la regrettée musicienne brésilienne Tuca, comme son album préféré parmi ses propres enregistrements, et il reste un classique pour ses fans pour sa sensualité lyrique et ses arrangements sophistiqués. Ses chansons et sa voix limitée l'ont poussée plus loin qu'elle ne le pensait, étant donné qu'elle était une pop star quelque peu réticente dès ses débuts, une chanteuse qui détestait un grand nombre des premiers enregistrements qui ont fait son nom.

Texte original :

Françoise Hardy was the face of 1960s French pop, with the likes of Dylan and Jagger falling for her enigmatic allure. Now 74, the style icon talks about her new album and why she always sings from the heart

Françoise Hardy is reciting the first lines of Serge Gainsbourg’s song La Javanaise for my benefit. We are sitting at a small table in the middle of an otherwise empty room in a stylish Paris hotel. Eyes closed, her hand tracing a repeated arc in the air, she enunciates every word as if teaching a hapless pupil – “J’avoue j’en ai bavé, pas vous…” she intones softly, “Avant d’avoir eu vent de vous…”

These seductive lines, she says, are the perfect example of the “sonority” of a song lyric, the elusive element she values above almost all else in her music. “For me, everything begins with the melody,” she says, growing animated. “Without the melody, there can be no words, but I also need this sonority, this poetic sound that the words make when they combine with the melody. This has always been my obsession. I know that I am very limited vocally, but I also know why I am still here – it is purely because I am so selective when finding the melodies.”

As the sad, sonorous songs on her new album, Personne d’Autre, attest, Françoise Hardy is very much still here. At 74, she occupies a singular place in pop culture, being both an enduring style icon – in January this year, Vogue celebrated her birthday with a feature entitled “10 style lessons to take from Françoise Hardy for the season ahead” – and a singer whose songs have lent themselves to constant re-evaluation by several generations of fans and critics alike. She has collaborated with Blur and Iggy Pop and has a fondness for the music of the Jesus and Mary Chain and cult Brooklyn band Cigarettes After Sex, whose sound, she says, “I have been looking for all my life”. She cites her 1971 album, La question, a collaboration with the late Brazilian musician Tuca, as her personal favourite of her own recordings, and it remains a classic among her fans for its lyrical sensuality and sophisticated arrangements. Her songs and her limited voice have taken her further than she ever expected to go, given that she was a somewhat reluctant pop star from the start, a singer who hated many of the early recordings that made her name.

dimanche 22 avril 2018

300 Millions de Critiques (TV5 Monde)



Concept original et unique, « 300 millions de critiques » revient sur l’actualité culturelle francophone à travers les regards croisés de journalistes belges, suisses, canadiens, québécois, français, et en fonction des thématiques, africains, maghrébins, libanais…

« Le Large » de Françoise Hardy La chanteuse française Françoise Hardy est de retour avec l'album « Le Large », où elle s'entoure de La Grande Sophie, ou encore de Yael Naim. Pour l'occasion, le réalisateur François Ozon met en images la chanson qui donne son titre à ce 23e opus.

lundi 2 avril 2018

30 mars 2018 - Françoise Hardy évoque son nouvel album pour Le Parisien

Françoise Hardy : «Je ne suis que nostalgie»

Yves Derai et Franck Vergeade
30 mars 2018

Françoise Hardy à Paris, le 24 janvier dernier.
Benoît Peverelli

Le nouvel album


La sortie de votre nouvel album, Personne d’autre, est une surprise inespérée. En 2012, vous aviez déclaré que L’Amour fou serait le dernier...
Françoise Hardy C’est effectivement un disque qui n’aurait jamais dû se faire. En 2015, après cinq mois d’hospitalisation éprouvants, j’allais très mal et je ne pouvais plus chanter. Déjà que je n’ai pas beaucoup de voix (sourire). A cette époque, mon fils Thomas sortait son nouvel album, Eternels, jusqu’à demain, avec une reprise d’un standard américain que j’aurais adoré fredonner, comme à chaque fois qu’une chanson m’obsède, mais c’était au-dessus de mes forces. J’ai dû refuser une proposition de duo avec Michel Legrand. Et puis ma voix a fini par revenir, miraculeusement.

Parmi les douze morceaux figure notamment une reprise de Seras-tu là, de Michel Berger. Pourquoi ce choix ?
C’est une chanson à la fois sacrée et bouleversante. Je l’ai écoutée un nombre incalculable de fois à sa sortie, en 1975. Je suis une inconditionnelle de Michel Berger, particulièrement de ses ballades sentimentales. Il était au fond très romantique (sourire). Pour le disque du vingtième anniversaire de l’association Sidaction (Kiss & Love, en 2014, NDLR), Julien Clerc m’avait suggéré de reprendre ce titre en duo, mais notre version était tellement décevante... Je suis toujours très affectée lorsqu’on rate une chanson à cause de la production. Alors j’ai décidé de lui offrir une seconde chance.

Sur Personne d’autre, vous avez choisi la chanson écrite et composée par La Grande Sophie comme premier single, alors que vous signez presque tous les autres textes. C’est un exercice d’humilité, non ?
Quand La Grande Sophie m’a envoyé sa maquette, je savais déjà que Le Large serait le premier single. Serge Gainsbourg, après avoir écouté mon album La Question (1971), m’avait dit : « A quoi servent les beaux wagons s’il n’y a pas une locomotive pour les tirer ? » Depuis ce jour, j’ai toujours suivi son conseil pour extraire un tube de chaque album.

Pour revenir à votre longue hospitalisation, votre pronostic vital a même été engagé...
Oui, les médecins avaient fini par baisser les bras. Un jour, mon hématologue a appelé Thomas pour l’informer que la fin était proche et qu’il fallait demander à Jacques de rentrer de Corse. Rendez-vous compte, j’étais descendue à 39 kilos ! Mon état de faiblesse était tel que la chimiothérapie était risquée pour soigner mon lymphome. Et c’est ce qui m’a paradoxalement sauvée. J’ai commencé à redonner des signes de vie le jour où Thomas et Jacques étaient dans ma chambre d’hôpital.


Avec Jacques Dutronc et leur fils Thomas, à Paris, en 1976. (Jean-Claude Deutsch/Paris Match/Scoop)

Au sortir d’une telle épreuve, enregistrer un disque faisait-il partie de la liste de vos envies ?
Absolument pas ! J’avais juste besoin de raconter mon expérience, en écrivant ce petit livre au titre multiple, Un cadeau du ciel (Editions des Equateurs, 2016). Car je suis convaincue d’avoir été aidée par les prières et la spiritualité. Je n’éprouvais aucune envie pour la musique. Pour tout vous dire, j’étais même plutôt soulagée à l’idée de ne plus chanter. C’est mon ami Marc Maréchal, mon ancien attaché de presse, qui, sans m’avertir, a téléphoné à mon label pour relancer l’idée d’un album. J’ai alors commencé à recevoir des musiques, trop branchées à mon goût (sourire). Sur YouTube, j’ai découvert ce groupe finlandais, Poets of the Fall, dont la chanson Sleep m’a instantanément subjuguée. Mais elle est extrêmement difficile à interpréter, même en adaptant le texte en français. Erick Benzi, avec lequel j’avais déjà collaboré pour Tant de belles choses (2004), a été un musicien et réalisateur inspiré. C’est comme cela que je me suis laissée embarquer dans la confection de ce disque.

Il y a une chanson, Train spécial, dans laquelle vous proposez à quelqu’un de partir avec vous vers l’éternité. Vous vous adressez à Dutronc ?
Oui, en effet (sourire). Il y a deux titres qui parlent du départ, Le Large, de La Grande Sophie, et Train spécial, où il est question de partir dans des espaces intersidéraux. Cette chanson s’adresse à Jacques, mais il n’écoute jamais les disques avant leur sortie.

En interview, vous avez répété que La Question (1971) et Le Danger (1996) étaient vos deux albums fétiches. Comment situez-vous Personne d’autre dans votre discographie ?
J’aime aussi beaucoup L’Amour fou (2012). Ce nouveau disque a été très difficile à faire parce que j’ai multiplié les soucis d’ORL (les troubles de nez, de gorge, d’oreille). Pour la première fois de ma carrière, j’ai des problèmes d’acouphènes. De toute façon, ce n’est pas à mon âge que je vais me mettre à groover comme France Gall ou Ella Fitzgerald (rires) !

Source : http://www.leparisien.fr/culture-loisirs/musique/francoise-hardy-je-ne-suis-que-nostalgie-28-03-2018-7634025.php