dimanche 22 octobre 2017

Juillet / Août 1963 - Nous les garçons et les filles - Partie 3




Nous quittons le bar des studios. Tout en finissant sa phrase, Vadim avance sur le plateau, tandis que le silence se fait. Immédiatement, il prépare le nouveau plan tandis que nous rejoignons Françoise qui discute avec Brialy dans un coin.
- Françoise, pourquoi faites-vous du cinéma ?
- Par hasard. Je n'ai jamais voulu faire du cinéma, mais j'ai accepté parce que faire un premier film avec Vadim m'a paru formidable.
- Pourquoi ?
- Je ne sais pas. Remarquez je n'ai vu aucun film de Vadim, mais quand même… D'ailleurs, celui-là doit être différent, puisque c'est une adaptation de la pièce de théâtre.
-Et votre rôle vous plait-il ?
- Oui… Oui… C'est un rôle amusant. Mais je ne crois pas que je continuerai à faire du cinéma parce que c'est pas tellement intéressant en soi. Et puis, on s'embête et j'ai le trac parce que je ne suis pas comédienne du tout.

Bernard Queysanne

samedi 14 octobre 2017

Juillet / Août 1963 - Nous les garçons et les filles - Partie 2


- Revenons au Château en Suède et expliquez-moi pourquoi vous avez choisi Françoise Hardy ?
- Françoise, je l'ai vue pour la première fois dans un night club. Je ne savais pas qui c'était, mais j'ai cru reconnaître Ophélie, mon personnage. On me l'a présentée, on s'est mis d'accord et un mois après, le tournage commençait. Ce rôle est un rôle facile pour Françoise, puisqu'elle n'a pas à changer de personnalité, d'ailleurs, je ne sais pas si elle pourrait le faire, elle est maladroite puisqu'elle débute, elle n'est pas toujours très photogénique, mais elle parle juste et a de la présence à l'écran, ce qui est très important.
- Est-ce qu'en engageant Françoise vous n'aviez pas l'intention de créer un personnage 1963 ?
- Non, puisque ce film est une adaptation, je n'ai fait que modeler les personnages de la pièce. Mais, ajoute-t-il l'air songeur, je crois, oui, je crois qu'on pourrait faire quelque chose avec Françoise Hardy.
- La censure vous pose-t-elle des problèmes ?
- Si la censure est relativement large en France en ce qui concerne les rapports amoureux, elle l'est beaucoup moins lorsque l'on s'attaque à l'ordre social. On subit en France le fait du prince, aussi, si je voulais dire ce que je pense de l'armée, par exemple, le jeu serait faussé, car je ne pourrais aller jusqu'au bout. On a souvent dit que j'étais scandaleux, mais cela tient au fait que j'aime aller au bout des choses. En ce qui concerne les rapports entre homme et femme, il est possible de composer, cacher le corps d'une femme par exemple, alors que dans un film engagé, il est impossible de supprimer un réplique qui critiquerait la police, l'armée, ou le régime sans trahir son sujet. C'est une des raisons pour lesquelles je ne peux pas faire des films critiques à l'égard de l'ordre social établi en France.

mardi 10 octobre 2017

Juillet / Août 1963 - Nous les garçons et les filles - Partie 1


Avec

Françoise Hardy

Roger Vadim

Construit

Des châteaux en Suède
Un vaste hall tout en pierre de taille avec, dans un coin, un imposant escalier de bois. Nous sommes dans le château des Felsen, famille noble vivant en Suède à notre époque. Agathe, qui tricote dans un fauteuil aux pieds de l'escalier, oblige toute la famille à porter des vêtements XVIIIème siècle pour respecter la tradition familiale.

La vie au château semble particulièrement ennuyeuse. Éléonore et Sébastien sommeillent sur les dernières marches de l'escalier.
- Il partira pas Eric. Il partira plus Eric.
En chantonnant cette phrase qui semble follement l'amuser, Ophélie, vêtue d'une vaste robe noire gonflée par une multitude de jupons, apparaît en haut de l'escalier.
- Il partira plus Éric…
- Pourquoi ? lance Éléonore toute ensommeillée
- Parce que Hugo a pris un gros revolver. Il va tuer Eric, réplique Françoise Hardy d'une voix rieuse avant de s'enfuir comme elle était venue.

Monica Vitti (Éléonore) et Suzanne Flon (Agathe) se dressent en hurlant d'effroi, et se précipitent dans l'escalier pour rattraper Ophélie. Jean-Claude Brialy (Sébastien) ramasse la traine de sa sœur Éléonore au passage et tous trois disparaissent.

- Coupez.
C'est Vadim qui vient de parler. Il donne ses indications pour le plan suivant puis m'entraine vers le bar.

- Voyez-vous, ce film est ma première comédie, mais ce qui me plaît surtout, c'est que je travaille avec Françoise Sagan et que cela fait longtemps que je voulais adapter l'un de ses livres. L'histoire est celle d'une famille noble qui, par la volonté d'Agathe, vit hors du temps… Ajoutez à cela qu'Hugo a deux femmes, Ophélie qui est devenue folle à l'âge de dix-sept ans et que tout le monde croit morte, et qu'il a assassiné quelques amants d’Éléonore, son autre femme, et vous aurez l'atmosphère un peu loufoque de mon film.

- Pourquoi depuis quelque temps ne faites-vous plus que des adaptations ?
- Cela tient au fait que, depuis deux ans, j'ai un certain nombre de contrats à assurer. Or, lorsqu'on signe deux ans à l'avance des projets de film, ça ne peut être que des adaptations, car aussi connu que vous soyez, on ne vous fait pas assez de confiance pour accepter des scenarii qui ne sont pas écrits. De ce fait, et cela semble paradoxal, je suis moins libre qu'au début de ma carrière. Il y a une autre raison qui m'a poussé à accepter des adaptations : quand vous faites un film de 450 millions, d'énormes possibilités pèsent sur vous. Deux échecs commerciaux de ma part feraient perdre certes de l'argent à des banquiers, tant pis pour eux, ce sont les risques du métier, mais ils auraient surtout des répercussions sur les salaires de nos collaborateurs. Aussi, je suis gêné pour mes responsabilités financières et artistiques et je vois qu'après ce film je vais m'arrêter de faire du cinéma quelque temps, pour faire le point, pour pouvoir renouveler mon répertoire, pour me retrouver devant une feuille de papier.

samedi 7 octobre 2017

Août 1992 - Françoise Hardy rend hommage à Michel Berger (Télé 7 Jours) - 2

Vous êtes pourtant restés très proches.
Je suis surtout devenue l'une de ses fans. Je n'ai jamais manqué l'un de ses spectacles ou l'un de ceux de France. Sauf le dernier, parce que je m'étais fait une entorse. J'ai tous ses disques, que j'écoute très souvent. Je lui avais adressé un petit mot pour leur disque "Double jeu", en lui disant que je l'appréciais énormément, de même que mon fils, Thomas, 19 ans, plus passionné d'habitude par Brel ou Brassens.

Il vous avait répondu ?
Aussitôt. Il s'étonnait que Thomas ait déjà passé 19 ans et qu'on ait passé tout ce temps sans se revoir vraiment. Nous avions chacun nos vies de couple. Jacques (Dutronc), d'autre part, n'a jamais tenu à ce que nous entretenions des relations avec d'autres chanteurs, sauf Gainsbourg et quelques autres. Nous ne sommes jamais devenus de vrais amis.


Vous ne l'aviez-pas revu ces dernières années ?
Il est venu seul, une fois, dîner à la maison. Lui que j'avais connu plein d'assurance était devenu à la fois plus distant, plus modeste, plus cool. Il avait mûri tout simplement, peut-être aussi parce qu'il avait souffert. Sa fragilité m'a touchée, comme son trac, encore pire que le mien lorsqu'une fois nous avions été réunis sur le plateau de Drucker. La réussite ne l'avait pas effacé, contrairement à ce que je pensais.

Vous avez du mal à cacher votre chagrin.
J'ai beaucoup de mal à accepter qu'une existence puisse être prématurément coupée. Ce qui m'apaise, c'est que Michel soit mort sans s'en apercevoir. Lui, désormais, est bien là-haut, et puis il continue d'exister à travers son œuvre. Mais France Gall ? C'est à elle surtout que je pense. Je ne la connais pas, mais j'ai beaucoup d'admiration pour l'artiste, pour son talent, sa façon de chanter. Je sais par une de nos amies communes, Mireille, combien elle est attachée à l'idéal du couple. En cela, nous nous ressemblons et la disparition de celui qu'elle aimait est une tragédie.

Isabelle CAUCHOIS

mardi 3 octobre 2017

Août 1992 - Françoise Hardy : Message à Michel Berger (Télé 7Jours)

Mais si tu crois un jour que tu m'aimes / Ne crois pas que tes souvenirs me gênent / Et cours, cours jusqu'à perdre haleine / Viens me retrouver." Des mots de Françoise Hardy, que Michel Berger semblait avoir mis en musique pour chacun d'entre nous. Quand on l'entend aujourd'hui, au hasard de la FM, l'émotion est encore plus vive. Françoise Hardy le sait et si elle, si pudique, si discrète, parle de Michel Berger, c'est pour lui rendre hommage.
Si l'on vous dit "Message personnel" est l'une de vos plus belles chansons ?
Elle est d'abord liée à la période la plus heureuse de ma vie. Lorsque j'ai commencé à travailler avec Michel Berger, en 1973, j'étais enceinte et Thomas est né alors que j'enregistrais mon album. Je garde un souvenir très précis du jour où Michel Berger est venu me jouer "Message personnel". J'habitais alors, avec Jacques, un petit appartement sur l'île Saint-Louis. Michel s'est mis au piano. La mélodie m'a transportée au septième ciel : pour moi, cela ne faisait aucun doute, ce serait une grande chanson. Il n'est l'auteur que de la musique, oui, mais en plus, c'est lui qui a eu l'idée de me faire écrire la partie parlée avant la partie chantée. Pour le titre, il m'a fallu trois jours de réflexion !

Comment en étiez-vous arrivée à travailler avec Michel ?
Il me semble que c'est Jean-Marie Périer qui nous a présentés l'un à l'autre. J'arrivais en fin de contrat dans ma précédente maison de disques, Vogue, et je ne savais pas trop dans quelle direction aller. J'avais entendu le disque que Michel venait de produire pour Véronique Sanson, puis "De l'autre côté de mon rêve". Il m'avait bouleversée. Il faisait paraître dépassé tout ce qui avait été fait auparavant. Il a accepté de produire un album pour moi, chez WEA, à condition de ne pas en composer les mélodies. A moi de trouver des compositeurs et d'écrire le plus possible de texte. Cela ne l'a pas empêché de revenir sur sa décision.


Une collaboration idéale.
Pas toujours, il faut l'avouer, tout simplement parce que, avec Michel, qui était déjà un homme très occupé, tout ne se faisait qu'au dernier moment. Or, moi, d'un naturel sans cesse angoissé, j'ai besoin que toute soit prêt avant. Cela créait donc entre nous des tensions. En plus, j'étais très impressionnée, bien que Michel ait trois ans de moins que moi, par son autorité, par son talent. De con côté, lui croyait que je me prenais pour une star. Ce qui n'a jamais été le cas. Je suis trop disciplinée, trop soumise, trop laborieuse. Ce qui est vrai, c'est qu'à l'époque de l'enregistrement j'étais très fatiguée : le dernier biberon de Thomas était à 1 heure du matin, le premier à 6 heures. En plus de mes limites vocales, il y avait des jours où je ne pouvais guère chanter. Michel m'en voulait.

Alors, vous avez cessé de travailler avec lui ?
J'aurais rêvé de continuer. Lui-même y pensait aussi. C'était l'époque où il arrivait, lui, en fin de contrat pour WEA et montait sa maison, Apache. Il m'avait proposé de réaliser un "concept album", un disque où chaque chanson tournait autour d'un thème central, comme son album. "Entracte", dont les chansons exprimaient chaque phase d'un amour. Les chansons d'amour, moi c'est la seule chose qui m'intéressait et m'intéresse toujours. Trouver un autre thème, ça ne m'intéressait pas. De plus, il commençait à produire France Gall. Deux chanteuses en même temps, ce n'était pas possible.

samedi 30 septembre 2017

Janvier 1997 - Dimanche en roue libre (France Inter) - 3ème partie

Kriss : Alors vous disiez en début d'émission qu'en fait vous essayez d'apprendre le discernement.  

Françoise HARDY : Oui je rappelais cette phrase d'Omnia Pastor qui insiste toujours sur le discernement. C'est une jeune femme assez exceptionnelle que j'ai connue, enfin que j'ai connue un peu par hasard : je travaillais pour un journal suisse qui s'appelle Le Matin et l'un des journalistes m'a envoyé une cassette, donc, de cette jeune femme qui s'appelle Ghislaine en réalité et qui a pris le pseudonyme d'Omnia Pastor et qui pendant plusieurs années a parlé dans de toutes petites assemblées sous l'emprise d'un guide spirituel qui porte le nom de Pastor et toutes les réponses, tous les développements qu'elle a faits de thèmes qu'on lui proposait au début de tous les contacts qui ont eu lieu étaient vraiment extrêmement intéressants. Enfin, moi, en tout les cas, ça m'a prodigieusement intéressée et dans tout ce qu'elle dit, - j'ai l'impression de répéter ce que j'ai dit tout à l'heure mais ça ne fait rien, c'est pas les mêmes auditeurs, non ?-, mais dans tout ce qu'elle dit, effectivement, on en revient toujours à ce discernement et cette phrase...

Kriss : C'est quoi le discernement ?

Françoise HARDY : C'est essayer de distinguer le vrai du faux, le bon du mauvais, je ne sais pas comment, enfin peut-être qu'à cette table, il y a de meilleures définitions ? Non.. ? Le discernement, c'est voir les choses telles qu'elles sont et pas telles qu'elles ne le sont pas, savoir faire les bons choix, savoir ne pas mélanger, parce que, par exemple, on est très tributaire de nos émotions, de notre affectivité et quelquefois on est persuadé de certaines choses alors que c'est uniquement notre affectivité et notre émotionnel qui parlent... En politique, par exemple, les choix et les passions des gens qui discutent politique, sont directement tributaires de leur affectivité, de leurs frustrations, de leurs carences affectives, enfin, c'est extraordinaire et ça c'est très difficile d'avoir suffisamment de discernement pour savoir à quel point on est objectif, jusqu'à quel point on voit les choses telles qu'elles sont et, en même temps telles qu'elles sont, elles ont toujours plusieurs angles, plusieurs aspects."

mardi 26 septembre 2017

Janvier 1997 - Dimanche en roue libre (France Inter) - 2ème partie

Kriss : Il y a des gens qui appréhendent la mort comme une continuité... 
Françoise HARDY : Oui, moi j'ai tendance, j'ai tendance aussi à voir la mort comme une naissance pour une autre forme de vie, mais une autre forme de vie, un autre espace-temps où..., enfin, très différent de celui dans lequel nous sommes et c'est... je pense que c'est toujours très difficile et trop douloureux de quitter ce qu'on aime.

Kriss : Vous avez une idée de ce qu'il y a après. Pour vous il y a quelque chose après ?  
Françoise HARDY : Mais c'est très difficile d'avoir une idée sur l'inconnaissable, sur un inconnu qui est inconnaissable.

Kriss : On se fait parfois une petite idée.  
Françoise HARDY : Oui on se fait une idée, justement quand on lit les Dialogues avec l'Ange, oui on se fait une petite idée, oui, bien sûr.

Kriss : Mais vous avez eu besoin de lire dessus ? Vous n'avez pas une idée que vous portez en vous ?
Françoise HARDY : Non mais j'ai toujours aussi, petite fille, j'étais assez croyante, j'ai toujours été très réceptive aux idées d'au-delà , de vie après la mort, j'ai toujours été réceptive à cela....

Kriss : Ce n'est pas très facile finalement dans un milieu comme celui où vous vivez de s'occuper de sa spiritualité, c'est pas... je veux dire le show business....le milieu...  

Françoise HARDY : Non, non, je crois que c'est difficile dans tous les milieux, ça l'est probablement moins dans le milieu du show business qui, - si on réussit à vivre de ses disques de ses chansons, - vous laisse quand même plus de liberté et donc plus de temps qu'un autre milieu je crois que c'est véritablement une affaire pas seulement d'aspiration, c'est aussi une affaire de temps et puis de moments.... il y a un âge auquel on est plus disposé à s'intéresser à ce genre de questions.