mardi 15 août 2017

Octobre 1996 - Entretien avec Michel Field - Partie 4

Michel FIELD : Je n’ai pas le sentiment que vous parlez de vos jeunes années.

Françoise HARDY : Je parlais de mes jeunes années. J’ai dit justement qu’aujourd’hui je suis consumée et aspire au calme. Je m’imaginerais mal revivre des situations, des états comparables à ceux que j’ai vécus pendant des années et qui font que je suis presque étonnée d’être encore là ...

Michel FIELD : C’était, c’est lié à un être précis qui actualisait finalement une certaine représentation de l’amour ...

Françoise HARDY : Je pense que l’on a une sorte de problématique interne, ainsi que certains modèles, liés aux images parentales, et que quand on rencontre quelqu’un qui correspond aux modèles, aux images que l’on porte inconsciemment en soi, la problématique se déclenche immédiatement ...

Michel FIELD : Pourquoi une personne plus qu’une autre ?

Françoise HARDY : Pourquoi se polariser sur un seul être ? Là on est presque dans une conversation psychanalytique, parce que c’est lié aux conditionnements de l’enfance. J’ai été élevée par une mère seule. Je n’avais personne d’autre: la seule personne à aimer était cette maman, qui de surcroît était très belle et très personnelle. Il n’y avait pas de père et je n’éprouvais pas de sentiments importants pour les quelques personnes autour de moi, ou alors des sentiments plutôt négatifs. Il n’y avait donc qu’une seule personne pendant toute mon enfance.
Et puis je suis née sous le signe du Capricorne qui - malheureusement d’une certaine manière -, ne porte pas du tout à se disperser, qui est un signe d’une très grande lenteur: lenteur à s’attacher et plus grande lenteur encore à se détacher. Il n’y a donc pas beaucoup d’attachements profonds, en général, dans la vie de quelqu’un qui est très marqué par le signe du Capricorne. C’est une explication rationnelle. Vous me demandez une explication: j’essaie de vous la donner, mais il y a tellement de facteurs qui doivent entrer en ligne de compte et qui m’échappent.

Michel FIELD : On aurait pu imaginer que vous vous attachiez à une grande œuvre ?

Françoise HARDY : Je peux dire oui et non, parce que la chanson ... il y a plusieurs façons, il y a plusieurs types de chansons ... moi j’adore les chansons légères qui procurent un plaisir de l’instant et j’en ai fait évidemment, je crois, des chansons comme ça et j’en écoute aussi beaucoup ... et puis il y a les chansons qui vont beaucoup plus loin, qui sont beaucoup plus profondes, il y a des tas de chansons que tout le monde connaît: de Léo FERRE, BRASSENS ou BREL, ou d’autres que je n’ai pas en tête maintenant, et dans certaines des chansons que j’ai faites dans ma vie, j’ai essayé - je ne sais pas si j’ai réussi et je ne veux surtout pas me comparer aux grands artistes que je viens de citer - mais j’essaie de mettre dans certaines chansons toute la profondeur dont je suis capable. J’espère toujours rencontrer une musique qui ait en elle la vibration nécessaire pour me permettre d’aller aussi profondément que possible dans les sentiments que j’éprouve et dans leur expression.

Michel FIELD : Y a-t-il des chansons d’autres personnes qui soient marquées à des instants précis ?
Françoise HARDY : Non, pas vraiment, parce que j’ai toujours été à l’affût des chansons et que quand il en est ainsi, on écoute souvent la radio, on achète des disques et puis quand on tombe sur la chanson qui vous procure une émotion importante, cette chanson vous accompagne toute votre vie. J’ai donc des centaines de chansons qui m’accompagnent, que je réécoute assez régulièrement et qui me mettent dans un certain état de mélancolie bienheureuse ... Pour répondre à votre question, si, il y a eu cette chanson de Simon et Garfunkel : "Bridge over troubled water" que j’écoutais et je pleurais chaque fois que je l’écoutais, parce qu’elle correspondait à une période assez difficile de ma vie (rires) ...

Michel FIELD : Pourquoi riez-vous ?

Françoise HARDY : Parce que chaque fois que je dis que cela correspondait à une période difficile de ma vie personnelle, je réalise que ma vie personnelle a tout le temps été difficile. Il y avait donc cette chanson - ce n’est pas la seule, je n’y aurais pas pensé si vous ne m’aviez pas demandé une sorte de repère dans le temps par rapport à une chanson. Il y a des chansons comme ça qui vous font pleurer et ce sont des larmes à la fois de douleur et en même temps de cette espèce de bonheur que procure la sublimation d’une douleur, comme on la trouve dans des chansons ou dans toute autre forme d’art, d’expression artistique.

samedi 12 août 2017

Octobre 1996 - Entretien avec Michel Field - Partie 3

Michel FIELD : [Tous les garçons et les filles ] ce n’est pas si simplet que ça ...

Françoise HARDY : Le thème peut être profond, mais la manière dont j’ai exprimé ça était vraiment simplette. C’est ça qui me fait un peu honte aujourd’hui ...

Michel FIELD : Que changeriez-vous si l’on vous donnait un exercice de style consistant à réécrire cette chanson ?

Françoise HARDY : Je ne pourrais pas réécrire une chanson comme ça aujourd’hui, parce que je n’en suis évidemment pas du tout au même point. A l’âge de 16/17 ans, effectivement, dans certains cas, c’était donc le mien, on a peur de ne jamais plaire à quelqu’un, de ne jamais connaître ce dont toutes les chansons parlent et puis, à l’âge que j’ai aujourd’hui, à partir du moment où justement j’ai très bien connu tout ça ... j’ai connu la passion, l’amour et pas seulement à sens unique, mais à partir du moment où il y avait à la base une telle peur de ne pas rencontrer cela et une envie correspondante ... une fois que la rencontre se fait, la peur de perdre arrive en même temps et il y a des souffrances tellement fortes, liées à la peur de perdre, liées à toutes sortes de peurs, qu’une fois que tout cela est plus ou moins épuisé ... consumé ... on aspire à un certain calme. C’est là où j’en suis aujourd’hui. Je n’ai plus les mêmes aspirations et je ne pourrais pas réécrire une chanson sur la peur de ne pas connaître une certaine forme d’amour.

Michel FIELD : Pourquoi aviez-vous l’idée d’un amour fou qu’il fallait absolument vivre ?
Françoise HARDY : En écrivant "Tous les garçons et les filles", je ne pensais pas que je ne connaîtrais pas "l’amour fou". Je pensais à l’amour et c’était très vague. Il s’est trouvé que quand je l’ai rencontré, j’ai su à mon propre sujet, que je ne pouvais aimer que d’une manière assez folle, probablement liée à toutes les peurs évoquées ...

Michel FIELD : C’est quoi aimer d’une manière folle ?

Françoise HARDY : C’est aimer d’une manière une peu trop inconditionnelle, un peu trop absolue, un peu trop basée sur l’attraction physique peut-être ... Non, je ne dis rien de plus ...

Michel FIELD : Pourquoi ?

Françoise HARDY : C’est tout ce qui me vient à l’esprit ... Aimer d’une manière folle, c’est être entièrement suspendu à l’autre, entièrement dépendre de ses humeurs, désirs, non-désirs, de sa présence, de son absence ... C’est comme si l’autre était la vie et que sans lui on meurt sur place ... Je ne sais même pas si c’est de l’amour ... A la réflexion, tous ces états passionnel, ces hauts et ces bas, ce feu et cette glace ... j’ai l’impression que ça n’est pas vraiment de l’amour, ça n’est au fond qu’un besoin et l’on vit en fonction de son besoin et non en fonction de l’autre ... On croit qu’on vit en fonction de l’autre ... On veut tout faire par rapport à lui, on veut tout donner - enfin on ambitionne de lui donner tout: tout ce qu’on aimerait, tout ce qu’il aimerait ... Mais en fait, c’est pour calmer son besoin à soi.

Michel FIELD : C’est plus du besoin que du plaisir ?

Françoise HARDY : Il y a aussi du plaisir puisqu’il suffit que l’autre apparaisse pour être dans un état de complétude, de bonheur, simplement du fait qu’il soit là ...
Michel FIELD : Pourquoi se mettre dans un état où l’on sait d’emblée qu’on va perdre ?

Françoise HARDY : On ne calcule pas que l’on va perdre quand on est jeune, même si on se sent perdant ...

mercredi 9 août 2017

Octobre 1996 - Entretien avec Michel Field - Partie 2

Michel FIELD : [Être authentique] n’est-ce pas une façon de se donner un bon rôle aussi ?

Françoise HARDY : Je ne dis pas que ce soit une valeur suprême. On est partis d’une question : vous me demandiez ce que je dirais à quelqu’un qui ne me connaît pas sur qui je suis et je suis partie d’un trait de caractère dont on me dit qu’il m’appartient plus ou moins. Mais je ne sais pas si c’est la valeur suprême. Tout est une question de dose à chaque fois. Je crois que c’est quand même une qualité dans la mesure où je préfère les gens qui ont suffisamment cette qualité-là à ceux qui ne l’ont pas du tout.

Michel FIELD : A quoi sentez-vous cette qualité chez les autres ?
Françoise HARDY : Justement, je ne sais pas toujours la repérer. Il y a des apparences qui sont extrêmement trompeuses et je peux, comme tout un chacun, me faire piéger par les apparences. Avoir l’impression que quelqu’un est complètement fiable alors qu’il ne l’est pas du tout, avoir l’impression qu’il me dit des choses sur lesquelles je peux compter alors que ce n’est pas le cas, alors qu’au contraire je peux me faire manipuler .... Je redoute effectivement les gens chez qui je pressens une faculté de manipulation importante.

Michel FIELD : On a l’impression que vous avez toujours été ailleurs que là où l’image publique de vous se posait ...

Françoise HARDY : Ça m’est toujours difficile de parler de l’image publique puisque c’est extérieur à moi. Malgré tout, quand j’y pense - plus exactement quand on m’y fait penser -, j’ai l’impression que l’image publique que j’ai,
est en rapport avec certaines chansons que les gens connaissent de moi, qui ne sont pas toujours les chansons dont je suis la plus fière, mais qui ont le plus plu ... Parmi elles, il y a la première évidemment "Tous les garçons et les filles", il y a eu aussi par la suite "Comment te dire adieu ?", et "Message personnel" de Michel BERGER ... Ce sont des chansons qui donnent l’image de quelqu’un de sentimental, de mélancolique - il me semble que mon image publique c’est un peu ça - et en ce sens, elle correspond à ma réalité, à ce que je suis à l’intérieur ...

Michel FIELD : Pourquoi ne les aimez-vous pas, si elles correspondent à cette réalité ?

Françoise HARDY : Ce n’est pas que je ne les aime pas ... J’aime beaucoup "Message Personnel". "Tous les garçons et les filles", j’aimais beaucoup cette chanson au début, mais je trouve qu’elle a mal vieilli ... Toutes mes chansons parlent plus ou moins de la même chose, ce sont toujours un peu les mêmes thèmes ... Simplement au fur et à mesure qu’on avance dans le temps, que l’on grandit - enfin c’est ce qui est souhaitable -, on dit les mêmes choses d’une manière un tout petit peu plus fine, plus élaborée, plus profonde ... Donc, évidemment, je regrette que ma première chanson reste la plus connue, dans la mesure où j’ai fait par la suite des tas d’autres chansons qui étaient de meilleure qualité.
Michel FIELD : Ce n’est pas la première fois qu’on se voit et à chaque fois vous revenez sur cette chanson.

Françoise HARDY : C’est vous qui avez commencé, ce n’est pas moi ! J’en ai parlé par rapport à mon image publique, mais c’est vous qui m’avez amenée à en parler, sinon je n’en parle pas.

Michel FIELD : Comment avoir un point de fixation aussi négatif ?

Françoise HARDY : Ce n’est pas aussi négatif que ça, parce que je sais tout ce que je dois à cette chanson et pour parler d’authenticité, justement, alors voilà une chanson totalement simplette, totalement authentique qui disait exactement, au premier degré absolu, ce que j’étais à cette époque-là !
Michel FIELD : Et c’était quoi pour le dire avec les mots d’aujourd’hui ?

Françoise HARDY : C’était une chanson totalement adolescente, de l’adolescente hyper-complexée qui ne pouvait pas imaginer ... pour qui l’amour avec quelqu’un du sexe opposé représentait un rêve inaccessible. Voilà quoi ! C’est tout bête, tout simple et, en même temps ...

dimanche 6 août 2017

Octobre 1996 - Entretien avec Michel Field - Partie 1

Pour l'émission "Mode d'emploi" diffusée sur Canal+ le 11 janvier 1997 pour promouvoir l'album "Le Danger", Françoise Hardy avait accordé une longue interview à Michel Field. Certains passages ont été utilisés dans le documentaire, d'autres ont été coupés au montage. Voici l'intégralité des échanges...

Michel FIELD : A quelqu’un qui débarque comme ça, qui ne vous connaît pas du tout, qu’est-ce qu’il faudrait lui dire tout de suite sur vous ?

Françoise HARDY : C’est difficile, parce que ça implique de se connaître soi-même suffisamment et, bien que j’aie passé beaucoup de temps à essayer de comprendre les autres et de me comprendre moi-même, on est - enfin chaque être est - un tel tissu de contradictions ...

Dire comme ça, d’emblée, à quelqu’un qui l’on est, c’est quelque chose qui m’est très difficile. Peut-être qu’en disant : "j’aime ci, j’aime ça, j’aime tel type de musique, j’aime telle sorte de livre, ou tel livre, peut-être que cela donnerait plus d’indications valables sur moi, parce que ce que je pourrais dire autrement serait fatalement ... vague ... général ... imprécis ...
On se connaît soi même au travers aussi de ce que les autres disent de vous, de l’image qu’ils vous renvoient de vous-même et dans laquelle - à tort ou à raison - on se reconnaît en partie ...  Par exemple dans les qualités que certaines personnes me reconnaissent, on parle souvent d’authenticité, et c’est sûr que l’authenticité est une qualité que je trouve importante et que j’apprécie particulièrement chez les autres, j’espère donc que je suis assez authentique. On ne l’est peut-être jamais assez et en même temps il arrive que l’on qualifie certaines attitudes d’authentiques là où il n’y a que de la naïveté et de la spontanéité ...

Michel FIELD : Comment définiriez-vous ce mot d’authenticité ? Ce serait quoi son contraire ?
Françoise HARDY : La fausseté, mais on est tous un peu faux. Moi non plus je ne me sens pas toujours vraie. Disons que la fausseté c’est dire des choses en étant suffisamment conscient que ce que l’on dit n’est pas du tout conforme à ce que l’on est et ce que l’on ressent.

Michel FIELD : Et pourquoi c’est une qualité l’authenticité ? Pourquoi est-ce une valeur ? Quel est l’intérêt d’être authentique ?


Françoise HARDY : C’est une valeur parce que ... Cette question est très perturbante, elle demande une réflexion préalable pour trouver les mots ... Il est vrai que parfois mentir peut être une bonne chose, parfois dire la vérité peut être presque criminel. Quelquefois la vérité peut blesser, d’autres fois elle peut presque tuer psychologiquement certaines personnes. Mais être authentique, cela n’implique pas forcément de dire des vérités qui assomment ou qui perturbent ou qui déstabilisent totalement, quand ça n’est pas utile de le faire. Cela veut dire avoir quand même un minimum de discernement sur soi et sur les autres et c’est peut-être la chose la plus difficile. Peut-être que vivre dans l’illusion est une forme de facilité, peut-être qu’un peu d’illusion, de rêve, c’est nécessaire pour supporter des aspects très pénibles de l’existence, mais, malgré tout, il me semble qu’avoir suffisamment de discernement pour savoir plus ou moins, qui on est, par exemple ses limites, et savoir à qui on a affaire, c’est important. Pourquoi c’est important, ça me paraît tellement évident que j’ai du mal à expliquer pourquoi c’est important de voir les choses telles qu’elles sont et non telles qu’elles ne sont pas.

samedi 15 juillet 2017

Juillet 1963 - Françoise Hardy interviewée par Oggi - Partie 2 (Traduction)

TRADUCTION

Il a suffi de deux minutes à Françoise Hardy pour devenir célèbre. Dans la nuit du 18 novembre, vingt millions de Français ont suivi à la télévision les résultats du référendum lancé par De Gaulle. Entre deux communiqués, apparaissaient sur les écrans de télévision des chanteurs, des animateurs, des petites starlettes du music-hall. Il était deux heures quand la jeune fille est apparue avec les cheveux raides, les yeux en amande, une voix profonde et parfois même rauque : un passage très rapide, comme beaucoup d'autres, sans même un nom facile à retenir. Et il est vraiment surprenant que le lendemain soir il ne restait aucun magasin à Paris où se procurer le disque de Françoise Hardy : cinquante mille exemplaires avaient été vendus en quelques heures.

"Si de Gaulle n'avait pas dissous la Chambre et appelé de nouvelles élections pour un dimanche de mi-novembre », dit Françoise Hardy, « personne aujourd'hui ne connaîtrait mon nom ». La réflexion est plus malicieuse qu'il n'y paraît : il y a une pointe de polémique à l'égard des éditeurs de chansons qui l'ont classée pendant tant de temps parmi les starlettes sans avenir et envers les agents qui la liquidaient d'un bon mot à la première audition.

Cela fait plus de deux ans que Françoise tente de se glisser dans les antichambres où se construisent les succès faciles et où s'imposent les carrières éblouissantes. " Parce que ", explique-t-elle, " s'il est vrai que je suis arrivée à la célébrité par hasard, il n'est pas moins vrai que je recherchais le succès de toutes mes forces. Est-il scandaleux de l'admettre? "

Françoise a fait ses premiers pas dans le monde de la musique pop avec une guitare sous le bras. La future chanteuse était une adolescente mélancolique, de nature fermée, elle préférait les livres à la compagnie tapageuse et aux fêtes des gens de son âge. Ses parents étaient séparés depuis longtemps et Françoise vivait avec sa mère et sa sœur. Cependant elle a conservé une relation très affectueuse avec son père. Et le jour où son père lui a demandé ce qu'elle voulait comme cadeau pour avoir réussi brillamment ses examens de l'école secondaire, elle a demandé et obtenu une guitare.

Paris. L'expression mélancolique de Françoise Hardy frappe le peintre Bernard Buffet qui a connu la chanteuse dans une émission télévisée de musique pop. "C'est une Electre en blue-jeans", a t-il déclaré à sa femme, "Demain, tous les ados voudront lui ressembler et chanter sa chanson." La prophétie s'est réalisée. Françoise, qui a dix-neuf ans, a commencé à composer des chansons quand elle a reçu en cadeau de son père une guitare pour avoir réussi les examens du lycée. Mais pendant quelques années, elle n'a pas pu attirer l'attention des maisons de disques. «Il est vrai que je suis venue à la gloire par hasard», dit Françoise Hardy, «mais il est également vrai que pour atteindre ce succès, je me suis battue longtemps et durement.» La chanteuse a été fiancée pendant quelques mois avec un photojournaliste, Jean-Marie Périer, fils de l'acteur François Périer.

Juillet 1963 - Françoise Hardy interviewée par Oggi - Partie 2 (Texte original)

TEXTE ORIGINAL

Sono bastati due minuti a Françoise Hardy per diventare celebre. La notte del 18 novembre scorso, venti milioni di francesi seguivano alla televisione i risultati dell'ultimo referendum indetto da De Gaulle. Tra un comunicato e l'altro si affacciavano sul teleschermi cantanti, animatori, piccole stelline del music-hall. Erano le due quando comparve la ragazzina dal capelli lisci, gli occhi a mandorla, una voce profonda e a tratti persino rauca : un passaggio rapidissimo, come tanti, un nome neppure facile da ricordare. Ed è davvero sorprendente che l'indomani sera in nessun negozio di Parigi fosse rimasto un disco di Françoise Hardy : cinquantamila esemplari venduti nel giro di poche ore.

"Se De Gaulle non avesse sciolto la Camera e Indetto nuove elezioni per una domenica di metà novembre", dice Françoise Hardy, "nessuno oggi conoscerebbe il mio nome". La considerazione è più maliziosa di quanto possa sembrare : c'è una punta polemica verso gli editori di canzoni che l'hanno tenuta tanto tempo nel mazzo delle stelline senza avvenire, verso gli impresari che la liquidavano con qualche buona parola dopo la prima audizione.

Erano più di due anni infatti che Françoise tentava di insinuarsi nelle anticamere dove si costruiscono I successi facili e si impongono le carriere folgoranti. "Perché", mi spiega, "se è vero che sono arrivata alla notorietà per caso, non è meno vero che puntavo al successo con tutte le mie forze. E scandaloso ammetterlo ?".

Françoise mosse i primi passi nel mondo della musica leggera con una chitarra sottobraccio. La futura cantante era un'adolescente malinconica, dal carattere chiuso, che preferiva I libri alla compagnia chiassosa e al parties del coetanei. I suoi genitori si erano separati da tempo e Françoise viveva con la madre e la sorella. Tuttavia era rimasta in rapporti molto affettuosi col padre. E il giorno i cui suo padre le chiese che cosa desiderasse in dono per aver superato brillantemente gli esami liceali, chiese e ottenne una chitarra.

Parigi. L'espressione malinconica di Françoise Hardy colpi il pittore Bernard Buffet che noto la cantante in una trasmissione televisiva di musica leggera,. " E un'Elettra in blue-jeans", disse alla moglie Annabella. Domani tutte le adolescenti vorranno somigliarle e canteranno la sua canzone". La profezia si è avverata. Françoise, che ha diciannove anni, comincio a comporre canzoni quando ricevette in dono dal padre une chitarra per aver superto brillantemente gli esami liceali. Ma per un paio d'anni non riusci a imporsi all'attenzione delle case discografiche. " E vero che sono arrivata alla notorietà per caso", dice la Hardy, "ma è anche vero che per ottenere questo sucesso ho lottato a lungo e duramente". La cantante è fidanzata da qualche mese con un fotoreporter, Jean-Maire Périer, figlio dell'attore François Périer.

mardi 11 juillet 2017

Juillet 1963 - Françoise Hardy interviewée par Oggi - Partie 1 (Traduction)

TRADUCTION

LA CHANTEUSE QUI DOIT TOUT A DE GAULLE

Étudiante de dix-neuf ans à la Sorbonne, Françoise Hardy est devenue instantanément populaire après être apparue deux minutes à la télévision la nuit où vingt millions de Français attendaient devant la télévision les résultats du référendum organisé par le général.



Cannes. Françoise Hardy se promenant sur la Croisette lors du dernier festival du film. La chanteuse, d'un mètre soixante-douze et d'à peine quarante neuf kilos, a lancé un nouveau style féminin : comme elle, des milliers de Françaises ont oublié leur peigne et portent des cheveux longs et raides.



Correspondance
De LINO RIZZI


A Paris, Hardy pendant le doublage d'une scène du film " Un château en Suède ", dirigé par Vadim (à gauche). Françoise a écrit les paroles et la musique des chansons de l'album " Tous les garçons et les filles ", ce qui a conduit au succès. Aujourd'hui c'est le best-seller de la musique française. Hardy en vendrait cinq mille exemplaires par jour depuis ses chanceux débuts télévisés. La jeune chanteuse est aussi apparue à plusieurs reprises sur les écrans de télévision italiens.

Lorsqu'elle tend la mâchoire inférieure dans un mouvement inconscient, sa ressemblance avec un gracieux petit singe devient impressionnante : elle a en effet un petit nez, les pommettes fortes, les joues creusées, le menton prononcé.

Mais maintenant qu'elle est immobile, que les cheveux longs et raides encadrent un visage hermétique, triste et doux, fait d'ombres fuyantes et de taches pleines de lumière, elle rappelle certains portraits de Rembrandt.

Les questions sont celles de toujours, un peu évidentes, un peu désordonnées, parfois insolentes. Françoise Hardy y répond sans conviction mais sans trahir de note d'humeur ou d'impatience. " Quel est votre peintre préféré ? ", " Serge Bourguignon ", " Votre écrivain ? ", " Sagan ", " Votre poète ? ", " Baudelaire ", " Vous intéressez-vous à la mode ? ", " Je regarde les vêtements de confection dans les revues féminines et quand ils sont à mon goût je les achète ", " Votre plat préféré ? ", " Les " crêpes " à la marmelade ", " Votre parfum ? ", " L'eau de Cologne ", " Qu'est-ce que vous pensez de la politique ? ", " Rien, ça ne m'intéresse pas, je suis contre les extrémismes. J'ai la mentalité du Français moyen ", " Que vous suggère le mot patrie ? ", " La France, c'est clair, mais je n'y pense jamais ", " Et la guerre ? ", " La guerre c'est mal, la paix c'est bien... ainsi soit il ! ".
Noyée dans un grand fauteuil, Françoise répond sans bouger un seul trait du visage, les bras et les mains immobiles sur les accoudoirs. Le questionnaire se fait pressant et alors la jeune femme pose les mains sur les genoux et la poitrine, comme quelqu'un qui n'est plus sûr de lui.

" Vous êtes pour l'intégration européenne ou l'Europe des nations ? ", " Pour une Europe des patries ", " Pour quand ? ", " Pour maintenant ! " " Que pensez-vous de l'Eglise ? ", " C'est une chose importante même si elle est en retard sur plus d'un point ", " Et l'aristocratie ? ", " Ca ne me dit rien ", " Et la bourgeoisie ? ", " Je fais partie de la classe moyenne inférieure ! ", " Et le mariage ? ", " Je n'y pense pas ", " Vous voudriez avoir des enfants ? ", " Eh bien.. ", " Et l'amour ? ", " Oh l'amour ", " Quelle importance a-t-il dans votre vie ? ", " Il en représente quarante-neuf pour cent "

Il n'est jamais sincère et complet le personnage qui se dévoile aux yeux de chacun au fil de ce type d'entretiens. Il donne de Françoise Hardy l'image d'une certaine France, un peu médiocre, un peu égoïste, un peu méfiante, un peu réactionnaire. " La vérité " me confiera plus tard Françoise, c'est que depuis que je suis devenue une " vedette " de la chanson, il y a un peu plus de sept mois, je vis dans un état d'anxiété, d'agitation, de peur ...".

"Vous avez peur de quoi ?", demandé-je. "De tout, du public, de la réussite, de moi, cela me stresse. J'ai le tort d'avoir un visage qui incite les gens à penser que je suis intelligente. Tout le monde dit que j'ai un air mystérieux. Et je crois qu'au lieu de ça je suis comme cette femme dont Baudelaire parle : une boîte vide. Et que se passera-t-il quand, un jour ou l'autre, les gens le remarqueront ? Tout est allé si vite ..."